L’Allemagne avance vers une Grande coalition

12 janv. 2018

Les Unions chrétiennes (CDU/CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) ont trouvé un accord sur l’ouverture de négociations pour reformer une Grande coalition. Le document a été approuvé à l’unanimité par les négociateurs des trois partis vendredi matin, après six jours de discussions et une dernière séance marathon de 24 heures. Il fixe des orientations pour un futur gouvernement. C’est un pas vers une Grande coalition, mais tout n’est pas encore joué. Les Unions chrétiennes (CDU/CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) ont trouvé vendredi matin un accord sur l’ouverture de négociations pour reformer une Grande coalition Agrandir l'image Les Unions chrétiennes (CDU/CSU) et le Parti social-démocrate (SPD) ont trouvé vendredi matin un accord sur l’ouverture de négociations pour reformer une Grande coalition (© dpa)

Le document décline sur 28 pages les priorités communes pour les quatre années à venir : « nouveau départ » en Europe, renforcement de la cohésion et de la protection sociales, investissements dans l’éducation, la recherche et les infrastructures, restrictions dans le domaine migratoire et coopération avec l’Afrique, développement des énergies renouvelables.

 

« C’est un accord dans lequel chacun donne et reçoit, comme c’est la règle », a commenté la chancelière et présidente de la CDU, Angela Merkel. Il montre « que nous nous mettons à la tâche avec sérieux pour créer les conditions […] nécessaires à ce que l’on vive bien en Allemagne dans dix ou quinze ans ».

 

Horst Seehofer, président de la CSU, et Martin Schulz, président du SPD, se disent aussi très satisfaits. Les discussions se sont déroulées dans l’idée de « favoriser un renouveau dans la société, de renforcer la cohésion sociale et de regagner la confiance perdue », s’est félicité le second.

Renforcer l’Europe

 

Ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, avait mis hier une condition à l’entrée de son parti dans un gouvernement avec la CDU/CSU : que ce gouvernement « renforce l’Europe ». Il a été entendu. Le renforcement de l’Europe et de la zone euro est le premier chapitre du document, et l’un de ses points clés.

 

Pour commencer, les Unions chrétiennes et le SPD entendent « améliorer la dotation financière de l’Union européenne (UE) pour lui permettre de mieux remplir ses missions », selon ce qui a filtré de l’accord. Ils se disent prêts à accroître la contribution de l’Allemagne au budget européen.

 

Mais l’UE, projet de paix unique en son genre, a besoin « d’un renouveau et d’un nouveau départ », soulignent-ils. « Nous voulons que l’Allemagne s’engage activement dans le débat sur l’avenir de l’Europe et le renforcement de l’intégration européenne ». Cette ambition a suscité des réactions positives de Paris et de Bruxelles.

 

De son côté, la zone euro doit être mieux protégée contre les crises. L’objectif affiché est de la « renforcer à long terme et de la réformer » tout en réaffirmant la nécessaire solidarité entre ses membres. « Nous approuvons aussi la mise en place de moyens budgétaires spécifiques pour la stabilisation économique et la convergence sociale, ainsi que pour le soutien au réformes structurelles dans la zone euro », ajoute le texte.

 

Enfin, la CDU/CSU et le SPD nourrissent des projets touchant à la fiscalité en Europe. Ils plaident pour que les entreprises paient des impôts là où elles réalisent leurs bénéfices, et prônent l’adoption d’une base imposable commune et consolidée pour les entreprises ainsi que celle d’un taux minimal d’imposition. Ils souhaitent, par ailleurs, que l’Allemagne et la France élaborent une proposition pour la création d’une taxe « substantielle » sur les transactions financières.

 

Préparer l’avenir en Allemagne L’Europe est l’un des chapitres clés de l’accord trouvé entre les trois partis Agrandir l'image L’Europe est l’un des chapitres clés de l’accord trouvé entre les trois partis (© dpa)

Au niveau national, la priorité est de construire l’avenir tout en retissant la cohésion sociale. L’accord prévoit des investissements importants dans plusieurs domaines : les transports, les infrastructures, la recherche (avec pour objectif d’y consacrer 3,5 % du PIB à l’horizon 2025) et, surtout, l’école. Il annonce une offensive pour l’éducation, dès le stade de la petite enfance.

 

En pensant à l’avenir, les partenaires veulent aussi accélérer le développement des énergies renouvelables. Le nouvel objectif sera d’atteindre 65 % d’électricité verte d’ici à 2030 (au lieu de la fourchette de 55  à 60 % fixée actuellement). Par ailleurs, une commission serait chargée d’élaborer d’ici à la fin de cette année un calendrier pour la sortie du charbon. Les trois partis entendent en effet veiller à ce que l’Allemagne atteigne bien son objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, l’objectif fixé pour 2020 semblant désormais inatteignable.

  

Retisser la cohésion sociale

 

Plusieurs mesures sociales et fiscales complètent ce tour d’horizon pour veiller à ce que la croissance profite à tous et à ce que le tissu social se resserre. Il s’agit par exemple de lutter contre la pauvreté des enfants, de maintenir le niveau des retraites et de revenir au financement paritaire de l’assurance maladie (actuellement, les salariés paient davantage que les employeurs). En matière fiscale, les trois partis refusent toute hausse d’impôt (notamment pour les hauts revenus). Mais ils souhaitent alléger la pression sur les petits et moyens revenus.
Les partenaires de l’éventuelle nouvelle Grande coalition entendent renforcer la cohésion sociale et investir dans l’avenir, notamment à travers une offensive pour l’école Agrandir l'image Les partenaires de l’éventuelle nouvelle Grande coalition entendent renforcer la cohésion sociale et investir dans l’avenir, notamment à travers une offensive pour l’école (© dpa)

Enfin, l’accord prévoit un durcissement de la politique migratoire. Sans remettre en cause le droit d’asile, l’accueil des réfugiés serait dorénavant plafonné : entre 180 000 à 220 000 arrivées seraient possibles par an. Le traitement des demandes d’asile se verrait centralisé au sein d’établissements gérant toute la procédure de l’accueil à la décision, voire à l’expulsion. Par ailleurs, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et d’autres pays dont moins de 5 % des ressortissants obtiennent régulièrement le statut de réfugié seraient reconnus comme « pays sûrs ».

 

Quant au regroupement familial pour les réfugiés bénéficiant d’une protection subsidiaire, il serait plafonné à 1 000 personnes par an et ne serait accordé qu’en cas de mariage antérieur à l’entrée sur le sol allemand. En attendant, il resterait suspendu.

 

Vote décisif le 21 janvier

 

Les présidents des trois partis ont annoncé qu’ils recommanderaient chacun à leur formation politique de valider l’ouverture de négociations de coalition. Le soutien de la CDU et de la CSU est acquis. Mais celui du SPD, où le débat reste vif sur la reformation d’une Grande coalition, est moins certain. En effet, Martin Schulz devra obtenir le feu vert de ses militants lors d’un congrès prévu le 21 janvier.

Et si tel est le cas, l’Allemagne devrait viser la formation d’un gouvernement d’ici à Pâques, selon M. Seehofer.

 

A.L.

© CIDAL